Critique d’art associée : Sophie Lapalu

«  L’espace serait au lieu ce que devient le mot quand il est parlé, c’est-à-dire quand il est saisi dans l’ambiguïté d’une effectuation […]. » Michel de Certeau 

 

Si un lieu est figé, déterminé par ses configurations, un espace est mobile, défini par ses usages. Peut-on alors inventer des tactiques en vue de faire du lieu un espace ? Pouvons-nous le pratiquer pour qu’il advienne à la réalité comme lorsque l’on prononce un mot ?

 

Énoncer le nom d’OùOuOuh est déjà une promesse. Considérer ce qui fait d’ors et déjà de ce lieu un espace, ses vecteurs de direction et ses variables de temps, ses usagers, ses passages et ses pratiques, est l’assurance d’un engagement.

 

Si l’espace est un lieu pratiqué, étendons-le autour d’OùOuOuh comme une tâche d’encre sur un buvard, par capillarité. Ainsi Delphine Renault s’attache à l’espace de la galerie pour la manipuler et pratiquer ses cotes, tandis que Le laboratoire des hypothèses s’en échappe pour chercher en vain à atteindre l’île Pelée sur la Loire ou que Céline Ahond “joue à faire semblant pour de vrai” avec les élèves d’un collège de Bobigny ou les femmes de La Maison des femmes de Montreuil. Les artistes inventent des tactiques, transforment les lieux en espaces, en « croisements de mobiles ». L’usage autoritaire, imposé, se trouve détourné ; le pouvoir, retourné. La fiction s’offre comme un outil pour penser le territoire et créer du jeu dans l’existant.

 

Programmation réalisée en collaboration avec Sophie Lapalu. Les interventions de Delphine Renault, du Laboratoire des hypothèses et de Céline Ahond feront l’objet de rencontres et d’une édition dirigées par Sophie.

 

Critique d’art et commissaire d’exposition, Sophie Lapalu est docteure en esthétique et sciences de l’art et enseigne à l’Ecole supérieure d’art de Clermont Métropole. Elle est membre du comité de rédaction de la Belle Revue, correspondante pour *DUUU radio, mousse du Laboratoire des hypothèses ; elle partage sa recherche lors de conférences, de publications et propose des programmations d’actions entendues comme de possibles expositions.